Retrouvez régulièrement des réactions sur l'actualité, des critiques de films et des points de vue, en général...
Manifeste de l'Institut Hayek
Bruxelles, le 27 août 2003
Pourquoi en Europe les libéraux se sentent-ils toujours tenus de justifier leurs convictions ? Pourquoi nosent-ils se déclarer tels que devant des intimes et avec force circonlocutions et nuances ? Il y a là quelque chose dassez absurde. On adresse au libéralisme une série de reproches totalement infondés alors que les sympathisants de mouvements de gauche néprouvent jamais le moindre remords à se revendiquer didées et de valeurs qui ont activement contribué à la ruine et à la désolation de larges parties du monde au cours du siècle dernier.
Plusieurs mouvements anti-mondialistes ou alter-mondialistes font à peine mystère des motivations misonéistes, anti-humanistes voire anti-démocratiques qui les animent. Pourquoi jouissent-ils dun tel capital de sympathie ?
Une première explication tient au fait que, contrairement à ces doctrines, le libéralisme ne promet pas la rédemption de lhumanité et la félicité absolue. Ce nest pas une utopie exaltante qui prend lhomme par la main pour le conduire à la terre promise. Non, le libéralisme est une théorie responsabilisante basée sur une idée simple : la confiance en lhomme. Elle respecte trop ce dernier que pour lui indiquer des buts à suivre. Elle préfère mettre ce dernier face à lui-même plutôt que de lui désigner des coupables à ses infortunes.
Deuxièmement, le libéralisme en Europe nest pas très militant alors même que les mouvements de gauche sont animés par des individus vibrionnants qui jouissent dans les médias dune audience formidable. Résultat ? Lespace des revendications et lavant-scène des débats intellectuels sont toujours confisqués par des personnalités hostiles au capitalisme. Cela se traduit dans les populations par la diffusion massive didées au mieux invérifiées et invérifiables (quand il sagit du climat ou du nucléaire) au pire involontairement ou sciemment fausses (quand il sagit des "méfaits" du commerce international).
Mais lune des causes les plus importantes des faux procès intentés au libéralisme tient au fait que cette doctrine est, aussi surprenant que cela puisse paraître, extrêmement méconnue, à commencer par les libéraux eux-mêmes (y compris les membres des partis qui se revendiquent du libéralisme), ce qui a pour effet de fragiliser considérablement la force argumentative des discours des responsables politiques. Beaucoup nappréhendent le contenu des valeurs libérales quau travers des représentations désobligeantes de la rhétorique des adversaires de la liberté. Notons que cette dernière est dune efficacité redoutable. On peut juger de son succès lorsquon réalise que, pour la grande majorité des Européens, le libéralisme se réduit à ce quen énonce la vulgate (la main invisible, la loi du plus fort, limpitoyable concurrence, la performance à tout prix, etc.).
Le libéralisme cohérent est toujours présenté comme une sorte dextrémisme, une position intransigeante voire inhumaine. Il sera qualifié d"ultra" alors que personne naurait lidée saugrenue de parler " d"ultrasocialisme". Les libéraux honteux, dans leur volonté de paraître mesurés, nuancés, modérés, intelligents, se définissent certes comme des libéraux en matière économique mais - sempressent-ils de préciser - "sociaux" ou progressistes dans les autres domaines. Le concept de "libéralisme social " est une absurdité sans nom. Dans cette optique, le libéralisme nest plus considéré comme une doctrine auto-suffisante. Elle doit toujours être bâtardisée, mâtinée de préoccupations sociales comme si le libéralisme navait que mépris pour les faibles. Il est considéré au mieux comme amoral et au pire comme immoral. Toujours dans cette vison des choses, il importe de tempérer le "capitalisme sauvage" par des mesures protectrices.
En réalité, la notion de "capitalisme sauvage" est une contradiction dans les termes. Le capitalisme ne peut exister sans des règles qui lencadrent et lui permettent de se développer. La "main invisible", le célèbre concept dAdam Smith, tant moqué par une multitude dintellectuels qui nont jamais lu une ligne de cet auteur, présuppose toute une armature normative et institutionnelle pour exercer son action bénéfique, armature qui est elle-même le fruit de multiples adaptations délicates en évolution constante. Fort dune longue tradition de penseurs de premier ordre, le libéralisme est une théorie tant morale, juridique, politique quéconomique.
Le mouvement néo-libéral actuel et la philosophie politique qui laccompagne occupe une place importante dans le cursus universitaire de tout étudiant américain. Il sont superbement ignorés en Europe. Le libéral européen est tout à la fois incapable de se référer tant à lhéritage quaux débats actuels de la doctrine dont il se revendique.
Lémergence dune force authentiquement libérale doit passer par une révolution des esprits. F.A. Hayek affirmait que notre langage est empoisonné : le simple fait dadosser le mot "social" à des notions aussi fondamentales que la politique, la justice, léconomie, le libéralisme conduit instantanément à vider ces dernières de toute substance, les renvoyant à une sorte de magma grisâtre et insignifiant. Il faut cesser de sexprimer (et donc de penser) avec le vocabulaire et les concepts de l'adversaire. Pour lutter à armes égales contre le "prêt-à-penser" et le moralisme ambiant de la gauche bien-pensante, il est impératif que les libéraux opèrent un travail sur eux-mêmes. Cela doit passer par une redécouverte de cette riche tradition trop souvent ignorée. Il ne sagit pas d'exhumer certaines valeurs poussiéreuses et brandir ces dernières telles quelles. La fidélité à une tradition faillit à sa tâche lorsquelle se contente de répéter cette dernière de manière mortifère. Etre fidèle, cest prolonger cette tradition et la faire évoluer.
Le progressisme, loriginalité voire lhumour sont les instruments dont usent avec succès les mouvements de la gauche. Il ny a aucune raison quils en conservent le monopole. Il importe de faire preuve daudace et de présenter certaines idées foncièrement novatrices - tant dans leur contenu que dans leur forme - de manière à répondre aux grandes questions du moment. Il importe de réceptionner les problèmes dans un cadre danalyse authentiquement libéral et de proposer des solutions appropriées (sans craindre de bousculer allégrement les tabous de la pensée unique).
Cest là la vocation de lInstitut Hayek.
LInstitut Hayek est un think tank, cest-à-dire un centre détudes regroupant différents universitaires et dont le dessein est dinfluer significativement sur la vie sociale, politique et économique. Il publicise les opinions et analyses de ses membres principalement par voie de presse et au travers de diverses activités (colloques, pétitions, mobilisations, etc.).
Face aux idéologies socialiste, écologiste, altermondialiste ou tout autre mouvement politique, philosophique ou religieux attentatoire aux libertés, lInstitut Hayek cultive en priorité les valeurs authentiques du libéralisme. Il entend également défendre les idéaux démocratiques, les structures de lEtat de droit, les valeurs de latlantisme et celles du progrès dans tous les domaines. Il appuie par principe toute initiative qui entend défendre ces valeurs menacées et propager ces idéaux partout dans le monde.
Dans une optique interdisciplinaire et fidèle en cela à la pensée de F.A. Hayek, lInstitut Hayek milite tout à la fois pour la mondialisation des échanges, la réforme de lONU, la création de capacités militaires européennes dignes de ce nom et intégrées à l'OTAN, la lutte active contre les dictatures, le développement de lénergie nucléaire, labandon progressif de la politique agricole commune, la privatisation progressive de lenseignement universitaire, le maintien et le développement du lien transatlantique, le développement des OGM, etc.
Cest une malédiction de la droite libérale en Europe que de se montrer intellectuellement paresseuse. Faute dune certaine curiosité et dune robustesse dans la réflexion, elle est contrainte - lorsquelle est amenée à se prononcer sur les problèmes chaque jour plus complexes de notre monde - de se rattacher à la configuration théorique mise en place par des intellectuels de gauche. Les dossiers environnementaux, géostratégiques, technoscientifiques, mondialistes sont vus quasi-exclusivement au travers du filtre interprétatif de la gauche académique.
Le contraste est saisissant lorsquon examine le nombre important danalyses fouillées et argumentées émanant de la droite libérale dans lunivers anglo-saxon. Nos homologues doutre-Atlantique ont compris quil importait de se documenter soigneusement sur toutes ces questions, raison pour laquelle il existe tant de think tanks chez eux.
Au sein des ONG et autres officines de la gauche, il règne une unanimité dogmatique à propos dune multitude de points qui ne sont plus questionnés et critiqués en tant que tels. LInstitut Hayek veut déconstruire ces évidences et réinstaurer un débat authentique au sein de la classe politique.
LInstitut Hayek entend initier une dynamique. Par la constitution dun réseau dintellectuels universitaires appartenant tant au monde francophone quanglophone, par la lutte contre la désinformation, la diffusion didées neuves, laffirmation de thèses fortes et argumentées, la rédaction de rapports, la publicisation de propositions concrètes, il se veut à lavant-garde dun vaste mouvement libéral de reconquête intellectuelle en Europe.