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Une de mes plus récentes lectrices demandait sur son blog la vision du mouvement jeune après le séisme d'avril 2002, tel que nous l'avions vécu, adolescents entrant dans l'âge adulte. Je me suis dit que ça ferait un bon article. Voilà donc ma version de l'Histoire...
J'étais alors à Vannes, en Hypokhâgne, dans un collège-lycée-prépa jésuite dénommé Saint-Francois Xavier (SFX). En tant que prépa, nous n'avions pas de contraintes religieuses (encore heureux). Le premier jour de manifestations, c'est le grondement de la foule qui m'a fait sortir, et le bruit de vitres brisées... Il faut savoir que Le Pen est passé à SFX, en quatrième. Il s'est fait renvoyer. Mais dans l'imaginaire collectif vannetais, SFX reste un nid à "fascistes". Si ça les amusent ! Enfin... C'est donc pour ça que quelques milliers de manifestants s'étaient amassés devant l'entrée de l'institution, alliant les "SFX, AVEC NOUS" aux "SFX, FASCISTES/RACISTES !".
Le directeur avait décidé d'empêcher les mineurs de sortir. Réaction normale : si le moindre problème arrivait à un mineur (ou si un mineur causait le moindre problème, d'ailleurs), c'était SFX qui serait responsable. Mais devant cette foule déchaînée (et comme le disait Clemenceau, rien de plus dangereux que la foule !), le directeur avait d'avance tort. Les termes "fascistes" et "nazistes" (soupirs... Ces jeunes sont si peu cultivés !) perçaient l'air de leur véhémence.
Et puis, moi et quelques autres de la promo (une bonne dizaine, sur 30), nous nous décidâmes. Je n'avais rien à me reprocher : j'avais voté utile au premier tour. Mais je voulais en être, poussé par la clameur populaire. Plus nous descendions les quatre étages nous séparant de la sortie, plus le brouhaha se faisait pressant. Le hall d'entrée était jonché de bouts de verres. Des jeunes abrutis avaient brisés les vitres. La foule... Mais nous étions là pour quelque chose d'autre, de plus important. La défense d'une certaine idée de la jeunesse.
Derrière ce qui restait de la baie vitrée, nous pouvions apercevoir ce Léviathan incroyable... Un de mes amis, altermondialiste et membre d'Attac notamment, prit les devants. Je le suivais... Et alors... Cette acclamation incroyable. Cette majestueuse sensation d'être adulés. Nous étions des résistants. Nous avions affronté l'oppresseur (le directeur). NOUS ETIONS PASSES ! Ils ne savaient pas que c'était grâce à notre âge...
En passant dans les rangs, on nous tapait sur l'épaule, on nous faisait tourner les joints, les bières (beurk, pas si tôt !)... J'en avais des frissons. J'en ai encore, en y repensant... C'était un de ces moments qui donnent cet insatiable besoin d'être reconnu, cette sensation d'avoir un semblant de pouvoir, d'être capable de faire réagir des milliers de personnes par sa seule présence. Puis se fut la manif'... Ma première et dernière "semaine" en tant que manifestant. Déçu par les slogans simplistes et incultes, par les crachats sur la droite en général. La jeunesse est de gauche... Parce qu'elle ne sait pas encore que la gauche n'est qu'un rêve puéril... Mais passons.
Il y eu des bons moments : chanter du Rasta Bigoud en tête de "troupeau", éviter les oeufs lancé par des partisans du FN, bien planqués dans la masse... Parcourir des kilomètres à pied, en hurlant et en ralliant à notre cause des lycéens par centaines ! Mais dans le fond... Bah... J'ai perdu ma voix pendant quelques jours, pratique quand on anime une émission de radio ! J'ai raté quelques cours, aussi...
Mais qu'ai-je gagné ? L'expérience de la manifestation, peut-être. Le sens du combat ? Non, j'étais là pour que le monde comprenne que la jeunesse, ça n'était pas "ça". La bête immonde ne passerait pas, mais c'était un cri, pas un poing levé. N'était-ce pas un déni de démocratie ? Certainement. Salvateur ? Pas vraiment... Une expérience unique, grandiose et mitigée.